Serge Bloch, artiste participant à l'exposition de l'atelier "A-MUSée-vous! Avec les illustrateurs sur la piste des peintres" à l'honneur en Alsace...
Par Mélanie DROMAIN le dimanche 28 mars 2010 - Presse - Lien permanent
Le portrait du lundi paru dans L'Alsace.fr Le papa alsacien de SamSam dessine comme il respire...

Le colmarien Serge Bloch est le père du super-héros SamSam, et d’autres personnages de livres pour enfants. Conseiller artistique de Bayard, ce stakhanoviste du dessin et de l’illustration est également prisé des grands médias et des publicitaires.
Cet Alsacien fait la une des journaux du monde entier. Son œuvre est appréciée par des millions de personnes âgées de 4 à 104 ans, des lecteurs du New York Times aux fans du dessin animé SamSam. Et pourtant, Serge Bloch est peu connu du grand public.
Conforme à son allure de moine copiste, ce natif de Colmar n’aime pas trop se mettre en avant. Il donne peu d’interviews — « j’ai accepté ce portrait surtout pour faire plaisir à ma maman, qui vit en Alsace », confie-t-il en souriant. Et le monde du livre et de la presse jeunesse n’a pas de star-system comme celui de la bande dessinée.
Mais l’aura de Serge Bloch est immense dans son milieu, où on le décrit comme un boulimique de travail : il a dessiné les 90 tomes de Max et Lili, un best-seller à vocation pédagogique, écrit par Dominique de Saint-Mars. Illustrateur depuis 1978, metteur en scène d’histoires déjà écrites, Serge Bloch est ensuite devenu auteur, sans doute inspiré par ses propres enfants. Dans les journaux des éditions Bayard ( Astrapi, J’aime lire…), dont il est le conseiller artistique, il a créé Zouk, « la petite sorcière qui a du caractère », et surtout SamSam.
« C’est tout un travail de donner aux enfants l’envie d’être libres »
Ce Batman en culottes courtes, fils de SamPapa, est passé en 2007 de Pomme d’Api à la télévision, sur France 5. Le dessin animé est un défi qui excite Serge Bloch : « SamSam est devenu une grosse usine à gaz, mais c’est bien de toucher le grand public, ne pas laisser la place aux productions des Japonais. Ils sont bons, c’est intéressant de se bagarrer avec eux. » Max et Lili pourraient aussi se retrouver sur le petit écran.
Et Serge Bloch, qu’est-ce qui l’anime ? « C’est tout un travail de donner aux enfants l’envie d’être libres, d’ouvrir des portes », explique-t-il. Et « le dessin, c’est mon mode d’expression de base » — lorsqu’il nous reçoit un matin, dans son vaste appartement parisien, dans le quartier populaire de Belleville, il a déjà réalisé trois dessins pour un cabinet de juristes australiens. « Il dessine comme il respire, et il a une capacité de travail très forte, ce qui explique son côté un peu bourru et sauvage », confirme son ami Philippe Delangle. Serge Bloch a créé une agence de communication à Strasbourg lorsqu’il est sorti de l’école des Arts Déco, en 1981.
« Je ne savais même pas que cette école existait peu avant d’y entrer, raconte-t-il. Je ne suis pas issu d’une famille d’artistes, mon père était boucher kasher à Colmar, et juif assez traditionaliste. J’ai fait plein de petits boulots après le bac, à l’usine, sur des chantiers. Mon premier boulot d’artiste a été de peindre des flèches blanches sur les routes… Je lisais Charlie Hebdo ou L’Écho des savanes, et j’ai toujours dessiné, notamment dans des journaux au CM2 et au lycée, mais je ne pensais pas qu’on pouvait en vivre. Lorsque j’ai appris l’existence de l’atelier de Claude Lapointe, aux Arts Déco de Strasbourg, j’ai senti qu’il y avait là un dynamisme et une réalité économique. L’illustration pour enfants était une orientation de l’école, et je suis arrivé au moment où la presse enfantine explosait. »
Ce premier « accident », selon son expression, est suivi d’un deuxième « coup de pot » : « En 1987, j’ai été débauché par Bayard, où je travaillais un peu depuis quelques années. Cela a été dur de quitter Strasbourg, mais j’ai pu travailler avec tous ceux que j’admirais, Daniel Maja, Philippe Kailhen ou Puig Rosado. De vraies personnalités, pas des suiveurs de mode. »
Troisième « hasard » : « Il y a dix ans, j’ai reçu une lettre d’un agent d’illustrateurs américains qui proposait de me représenter aux États-Unis. Cela a ouvert d’autres portes, et j’ai bossé sans mettre les pieds dans ce pays avec tout un tas de journaux que je ne connaissais pas : le Times, le Washington Post, le Chicago Tribune… »
« Je n’ai pas l’indignation sur commande »
En 2006, Serge Bloch finit par s’installer à New York avec sa femme, Mireille Vautier, artiste elle aussi, et leurs enfants. Ils sont rentrés à Paris l’an dernier, notamment parce que Bayard compte sur Bloch pour développer des contenus jeunesse.
Aujourd’hui, l’Alsacien travaille pour tous les médias (presse écrite, publicité…) du monde entier, sans non plus courir le cachet. Les journaux français — Télérama, La Vie, L’Express, Libération… — et surtout étrangers — américains, canadiens, taïwanais… — apprécient son style épuré, mêlant souvent dessin et photo. Son ambition : faire passer une idée avec des codes simples et avec humour. « En dessin, moins on en fait, mieux c’est », dit-il. Sa patte évoque Sempé, il dit avoir été marqué par Claire Brétecher et Reiser. Sans toutefois l’amener vers le dessin satirique. « Je n’ai pas l’indignation sur commande. Gagner sa vie en faisant des dessins méchants sur Sarko, c’est un métier. J’ai choisi le registre du loisir, de donner du plaisir et faire rêver. Tel que je l’entends, c’est politique. »
Si ses sensibilités, comme la religion, relèvent selon lui de la vie privée, Serge Bloch affirme être pour le « contrat social », content de « payer des impôts », afin notamment de participer au financement de l’école publique gratuite.
Son dernier dessein pour continuer à s’ « amuser » : présenter des œuvres dans des expositions décalées. Pour se raconter sans un mot.
Simon Barthélémy
